C’est pas le pied ! (attention, c’est un peu long)

Ceux d’entre vous qui me suivent sur Facebook savent déjà que j’ai profité d’une semaine de vacances à la montagne pour rajouter à mon palmarès médical (déjà bien lourd) une fracture du péroné (maintenant on dit ‘fibula’ comme chez les anglos).

Comme dirait un proche qui a un sens très unique de la compassion : ‘Mais enfin, quelle idée tu as eue d’aller en vacances ?! ‘ C’est vrai, franchement ! Aller à la montagne et faire exprès comme ça de se casser la cheville juste pour trouver un prétexte de rester coincée à la maison pendant des semaines, on n’a pas idée !

Mais bon, là n’est pas le propos de ce post. Une des raisons qui m’ont motivée à revenir en France, c’est que je n’étais pas satisfaite des services de santé de C-B – et je sais que je ne suis pas la seule – et qu’avançant inexorablement vers ces âges où tout devient de plus en plus difficile tant au plan physique que physiologique, je me suis dit qu’avec mon passif de petites merdes à répétition, il vaudrait mieux revenir dans un pays où l’on est mieux pris en charge médicalement. A priori.

Une fois les obstacles de la réintégration dans le système de sécurité sociale surmontés, j’ai donc décidé de tester pour vous le miracle de la médecine française, sacrifiant ma cheville gauche sur l’autel de l’église hippocratique.

Choisissant avec subtilité le bon moment – le dernier jour des vacances et 100 mètres avant l’arrivée de la randonnée en crampons que j’étais entrain de faire avec mon amie Laurence – mon pied droit a glissé et je me suis effondrée comme une bouse de toute ma hauteur. Les crampons de gauche solidement ancrés et les quelques kilos de trop que je me trimbale depuis des années eurent raison de ma cheville gauche, et c’est avec inquiétude que j’entendis ce ‘crac’ révélateur de la fracture de mon pauvre péroné qui n’avait rien demandé à personne. Sur le coup, ça n’a pas fait mal, probablement parce que je marchais depuis presque deux heures sous un beau soleil et me régalais d’un délicieux cocktail d’endorphine, dopamine et adrénaline/noradrenaline.

Je vous passe les détails de l’épisode de la barquette tractée par la motoneige (pour le plus grand bonheur de Laurence qui rêvait d’en faire et s’est retrouvée à cheval derrière un charmant secouriste), les charmants secouristes, la descente en chaise roulante dans le télécabine (pendant laquelle mes hormones sont retournées se coucher, alors j’ai eu un peu mal pendant 10 minutes) et finalement l’ambulance, pour arriver aux urgences de l’hôpital de Briançon.

D’entrée, on sent que l’on n’est pas la première personne de la journée à se pointer avec un membre abimé, et le personnel soupire : encore une conne qui se prend pour une montagnarde ! Quelques questions de routine par des infirmières blasées, dont :

« Vous avez mal ?

– Non.

– Dommage. Ça va rendre le diagnostic plus difficile.  »

Pourquoi ? Parce que. Bon, si j’y pense, je demanderai au médecin. Je n’y ai pas pensé.

Le résultat de mon manque de souffrance c’est que l’on ne m’a pas donné d’antalgique ni d’anti-inflammatoire. Ça, ce n’est pas grave. Mais on aurait tout de même pu me proposer un verre d’eau. Je sais pas moi, l’eau, vous voyez, ce liquide magique qui compose notre corps à 80%… Ben non. Strike one.

Une adorable infirmière tahitienne qui roule les ‘r’ avec la douceur d’un chat qui ronronne m’amène en brancard au service de radiologie où règne une ambiance tout aussi blasée qu’au triage. « Et c’est un péroné ! » s’exclame l’opérateur de radiologie avec l’enthousiasme d’un obstétricien qui découvre que le bébé qu’il vient de mettre au monde a une jolie petite quéquette. Youpi, trop contente, champagne !

On me transfère en salle d’examen où un interne – très mignon, mais toujours aussi blasé – examine mon pied : magnifique oeuf de pigeon sur la malléole externe, belle entorse sur la malléole interne. Puis il regarde ma radio ; diagnostic : ‘fracture fermée de la malléole externe.’

« Bon,  à vue de nez, me dit-il, il n’y pas besoin de vous plâtrer. Dans un cas comme le vôtre, ça ne se fait plus. Quelques semaines avec une botte de marche et tout rentrera dans l’ordre. » Il va demander conseil auprès de l’orthopédiste – qui ne prend pas la peine de venir me voir – et revient avec sa bénédiction et une ordonnance pour une botte de marche, des béquilles et quelques médocs. Et puis il s’en va après m’avoir dit que je peux téléphoner pour que l’on vienne me chercher et qu’il va demander que l’on m’apporte un fauteuil roulant.

Au bout de 5 minutes d’attente – je ne suis pas un modèle de patience – je décide de partir à cloche pied à la recherche d’un bon samaritain qui me prêtera un fauteuil roulant pour que je puisse me déplacer sans risquer d’aggraver mon cas. Deux patients dans une salle d’examen me voient passer, sautillant sur ma jambe droite en me tenant au mur, et me sourient : sont-ils polis où me disent-ils : « Bienvenue à l’hôpital de Briançon où, même lorsque les urgences sont quasiment vides, on vous laisse vous débrouiller tout seul ! » ? Peut-être espèrent-ils que je me casse la gueule, ça mettrait un peu d’excitation dans leur après-midi maussade…

Un autre interne passe par là, me dépasse en m’ignorant totalement. Je l’interpelle, lui demande de m’indiquer l’entrée des urgences. Il s’arrête, me regarde d’un oeil torve, m’indique la sortie, repart, s’arrête à nouveau et me demande si je n’aurais pas besoin d’un fauteuil roulant. Ah, mais quelle perspicacité ! Je lui dis que c’est en effet une bonne idée et il va en parler à un aide-soignant qui revient avec le véhicule et me ramène à l’entrée. J’y retrouve ma jolie infirmière tahitienne et je lui demande de me remplir ma bouteille d’eau : je peux enfin boire !

Laurence (merci de t’être si gentiment occupé de moi) me récupère et m’emmène à une première pharmacie : pas de botte à ma taille. Nous allons dans une deuxième pharmacie. Le pharmacien regarde l’ordonnance et me demande si j’ai besoin d’une botte haute ou d’une botte basse. Qu’est-ce que j’en sais moi ? Ce n’est pas marqué sur l’ordonnance ? Apparemment pas. Le pharmacien regarde le cliché radio et opte pour une botte basse car la fracture semble bénigne. Ok.

Retour à Marseille, il n’y a plus qu’à attendre le prochain examen radiologique dans 15 jours (c’était dans 10 jours en fait, là pour le coup, c’est moi qui ai mal lu). Et puis un soir, en me retournant dans le lit, je sens un claquement du côté de la fracture. Et puis encore une ou deux fois dans les jours qui suivent. Je me dis que ça doit être mes tendons : pour éviter les tiraillements, je suis d’habitude obligée de les faire craquer tous les matins en étirant ma cheville et comme ces temps-ci ce n’est pas possible, ils doivent faire ça tout seul. Le corps humain est tellement étonnant, voyez-vous !

Le jour de la radio de contrôle arrive à grand pas, il faut prendre rendez-vous. Après avoir appelé à maintes reprises et en vain 3 cabinets de radiologie qui ne décrochent même pas et un qui ne peut pas me donner de rendez-vous avant 3 semaines, je tombe finalement sur un cinquième qui peut me prendre rapidement. Après l’examen, la médecin radiologue vient me faire son compte-rendu :

« Bon, j’ai vu vos clichés.

– Ah oui ? (sinon, tu serais venue me voir pour faire quoi ? La causette ?) Alors docteur, est-ce que c’est en bonne voie ?

– Bah, euh, bffff, peuh, ben, euh… c’est pas vraiment en voie de consolidation.

– Ah. Mais bon, deux semaines c’est peut-être un peu tôt, non ? Et sinon, la fracture n’a pas bougé ?

– Bah, euh, bffff, peuh, ben, euh… pas vraiment non.

– Comment ça, ‘pas vraiment’ ? Ça a bougé ou pas ?

– Bah, euh, bffff, peuh, ben, euh… Faudrait voir votre chirurgien orthopédiste.

– Je n’en ai pas.

– Faudrait en trouver un.

– Vous pouvez m’en recommender un ?

– Vous en trouverez sûrement en cherchant sur internet. »

Merci madame, on sent que vous êtes super motivée pour aider vos patients. Coup de bol, mon père qui s’était collé à la corvée de trimbalage de l’éclopée, m’invite à manger dans un restau dont le proprio avait eu un gros accident de moto quelques années auparavant. Il me recommande d’appeler le secrétariat de son orthopédiste qui me redirige vers la clinique du sport de Marseille, apparemment très connue pour ses pontes de la mécanique humaine. Et donc hier, je suis allée rencontrer l’un d’eux qui, coincidence sympathique, s’était occupé d’un de mes amis qui s’est pété la cheville l’an dernier avec beaucoup plus de conviction que moi, et dont la douleur extrême n’avait clairement pas aidé le diagnostic puisque le radiologue est passé complètement à côté du problème (Christian, si tu me lis, sache que je compatis encore plus maintenant ! ).

J’arrive dans le cabinet – toujours avec papa qui me sert de chauffeur/sherpa/support moral – et je présente au chirurgien (qui se la pète un peu) mes dernières radios. Je le vois qui dissimule derrière sa superbe une certaine perplexité. Il examine ma cheville, soupire, me regarde en silence, avec un air du genre ‘Moi je sais plein de choses et pas vous’ et me dit qu’il serait peut-être bon que je passe sur le billard. Je me remémore les craquements sinistres que j’avais confondus avec le bruit de mes tendons, et je lui demande si ma fracture s’est déplacée. Il me montre sur les clichés que non seulement il y a eu rotation de ma fracture, mais qu’en plus un fragment d’os semble se promener dans le coin. Damn! Je ne suis pas encore sortie d’affaire ! Il me propose de m’opérer le lendemain car ça fait trois semaines que j’ai eu mon accident et la consolidation a commencé, donc il ne faudrait pas tarder.

Je lui demande pourquoi – à son avis – la fracture a vrillé. Il me répond que c’est parce que l’on aurait dû me prescrire une botte haute dès le départ. Merci l’hôpital et les pharmaciens de Briançon !

Et puis maman me rappelle que je suis sous anticoagulants, j’en parle à l’anesthésiste qui appelle le chirurgien qui repousse l’opération à la semaine prochaine. Une semaine de consolidation supplémentaire demandera probablement un peu plus de coups de burin. On va faire ça en ambulatoire sous anesthésie locale : une injection à la hanche (effet : 6h) et une sous le genou dont l’effet durera entre 12 et 24h pour que je ne souffre pas trop après l’opération. Le médecin anesthésiste me dit que je peux demander un casque pour écouter de la musique pendant l’opération ou un cachet pour me ‘relaxer’. Mais non voyons ! Je veux assister à tout, ça me fera des choses à raconter ! Il sourit, me dit que l’ambiance en salle d’op est vraiment super et que ça devrait me plaire. Acceptons-en l’augure…

La suite au prochain épisode : tatie Fred se fait raboter, re-casser, remettre en place et visser la fibula !

La bise !

2 thoughts on “C’est pas le pied ! (attention, c’est un peu long)

  • February 3, 2019 at 8:22 AM
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    Moi je dis qu’après avoir réalisé des films tu devrais écrire un bouquin…. j’espère que ces vicissitudes ne te feront pas repartir à moins que tu ne veuilles tester les systèmes de santé ailleurs !
    Prends soin de toi et bon courage. Bises
    Laurence (l’autre !)

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    • February 5, 2019 at 9:38 AM
      Permalink

      Ah lol non, j’y suis j’y reste ! Quant à écrire un bouquin… c’est en cours 😉 Gros bisous ma belle !

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